La floraison dans le chaos

Sa lucidité me pénètre, et je ne lui résiste plus.

Mes pieds au sol se stabilisent, ma conscience s’ouvre sur l’infini et le centre de mon être devient le siège de ma présence active.

Cette force du masculin en moi, je la goûte et lui rend honneur.

Au point précis de son intersection avec la vague d’amour primordiale, féminine, au plus profond de nos cœurs,  jaillit la source de tous les possibles.

Un feu d’artifice inconcevable.
Le merveilleux dans le banal.
Le bon dans le dur.
La floraison dans le chaos.
Encore et toujours.

La vieille lutte

Longtemps, je me suis battu
Vaillamment, sans faiblir,
Gardant ma lance bien tendue
Dans les mâchoires vieillies du pire.

Parfois gravissant un sommet,
Laissant couler ma sueur, mon sang
Gonflé d’orgueil et de fierté
Semblant pouvoir stopper le temps.

Mais la chute suivait sans surprise
Menant au bord de l’épuisement
Du gouffre, l’appel du lâcher-prise
Que je niais obstinément.

Quel autre choix ?
Pensais-je alors
Dogme inconscient, duel et froid
De la lutte ou bien de la mort.

Mais la conscience perce et trouve
Élargit l’horizon de son œil bienveillant
Et la fragilité se montre et s’ouvre
Se mue en force sereinement.

Viens l’heure de la dernière bataille
Où rien ne gagne ni ne perd
Où se dissout dans l’immense faille
Les résistances et vieux repères.

Un vent léger se lève alors
Frais et tendre, éternel
Porte avec lui l’étrange clameur
De l’être pur qui se révèle.

Serenite-D23-30

 

La plénitude du vide

Je scrute l’obscurité infinie, les formes naissent et meurent, s’enchaînent et se répondent, kaléidoscope cosmique au chaos ordonné.

Je sonde le silence absolu, paisible, où les murmures du passé croisent les appels du futur, où se devine une symphonie triomphale, résonnant sans un bruit.

La plénitude du vide et cette brèche suspendue où la conscience se distingue, observe et jouit de pouvoir être active au sein de ce néant où tout est encore possible.

Mère

Elle m’accueille dans son palais de nacre
Simple et pur
Parfait

A ses pieds je dépose les armes
En douceur
Soupire

Dans ses bras se dissolvent toutes mes résistances
Je me fonds
Rayonne

Son regard m’offre l’inespéré
La joie pure
L’infini

femme

Le passant grandiose

Suis-je ce passant dépassé
Perdu entre le ciel et la terre
Cherchant en vain le moyen de rentrer chez lui
D’être libre ?

Suis-je cet être grandiose
Englobant en son coeur tous les décors possibles
As de la métamorphose, riant sous les masques
Du spectacle de soi ?

Ou bien les deux, et plus encore :
Leur articulation.

 

Sainte Sauvage

Je m’y étais bien installée moi, dans le grenier de mon être. C’est là que j’y ai découvert les trésors subtils, les couleurs délicates et les sphères éthérées dans lesquelles je me plais à danser. J’y ai senti pour la première fois le parfum de l’omniprésence de l’amour, qui fait fondre quiconque s’ouvre à lui. J’y ai trouvé des muses, m’emmenant avec elles pour d’exaltants voyages, m’inspirant pour qu’à mon tour je les expire, dans un souffle commun. Et avant tout cela, me guidant dans mes découvertes, j’y ai perçu la voix de mon potentiel, l’attraction inexorable de la conscience en moi.

Cette voix me parvenait parfois clairement mais d’autres fois voilée, déformée voire imitée, comme modifiée par des filtres auxquels je n’avais pas accès. Afin d’améliorer la réception, je ne cessai de tripoter l’antenne sur le toit, persuadée que je devais diriger mon attention vers le ciel pour servir les valeurs portées par la voix de ma conscience. Mais rien n’y faisait. Pour ajouter à mon agacement, voilà que l’on tambourinait maintenant à la trappe d’entrée que j’avais soigneusement fermée pour ne pas être dérangée.

Ces visiteurs inattendus ne semblaient pas d’une compagnie très agréable; ils s’appelaient angoisse, agacement, tristesse. Toute une file. Honnêtement, je ne pouvais les ignorer. Alors dans un élan d’audace, j’ouvrais la trappe, descendait d’un étage et leur faisait face. Yeux dans les yeux, je leur tendais les bras. Un à un, ils perdaient toute consistance, ne demeurant qu’une énergie pure qui venait me nourrir, me grandir.

Je me remis alors à l’écoute de la voix de ma conscience. Elle semblait plus nette mais cette fois c’est son volume qui me faisait défaut. Une ouverture manquait quelque-part, qui la rendrait plus intelligible. Or, une porte demeurait close et je décidais de descendre plus bas. A la cave. J’avais toujours imaginé qu’un monstre terrible vivait à l’intérieur; une sorte d’animal féroce, à la force titanesque, n’écoutant qu’un instinct égoïste et destructeur. Je voulais faire demi-tour, mais il était trop tard : il fallait que j’y aille. Devant la lourde porte scellée depuis si longtemps, plusieurs gardiens. Un molosse nommé terreur, un petit homme, appréhension et enfin un enfant au léger nom d’hésitation. Aucun ne résista à mon étreinte. Encouragée par leur énergie transmutée, j’entrouvrais prudemment la porte. Courageuse mais pas téméraire semble-t-il.

Je jetais un oeil timide. Pas de doute, là, tout au fond, deux yeux me fixaient. Un regard qui semblait venir du fond des âges… Animal, vif, profond. Son magnétisme ne me permettait pas de me détourner de lui. Alors j’y plongeais, jusqu’à ce que nos deux regards n’en forment plus qu’un. A mesure que la porte s’ouvrait, laissant la lumière inonder la cave, l’énergie colossale que je  retrouvais m’inondait en retour. De toute son intensité. De toute sa puissance. De toute sa beauté indomptée.

     Enfin, j’ouvrais la bouche et laissait la voix de ma conscience, tant cherchée, faire vibrer mes cordes vocales. S’incarner. Enfin, je laissais cette énergie de vie brute et pure servir les plus nobles aspirations que j’avais trouvé au grenier.

Je laissais désormais les portes ouvertes et circulais librement dans la maison. Dans les miroirs accrochés ici et là sur les murs, je croisais une mère aimante, une guerrière déterminée, une fillette émerveillée, une amoureuse passionnée…

Joyeuse co-location !

 

 

Feu fléché