Première chanson en français !

Il rêve à celui qu’il pourrait bien être
Et se force à y croire
Commence à construire
Tente de faire tenir
L’infini
Dans la geôle de ses peurs

Il marche
Et cherche à fuir le vide
Il trace
A même le sol les contours de l’oubli

Mais le vent se lève et veut place nette
Et il commence à voir
Qu’il s’est égaré
Ne peut continuer
Sans mentir
Sans tout recommencer

Il marche
Et cherche à fuir le vide
Il trace
A même le sol les contours de l’oubli

La tempête en lui continue à croître
Et à tout emporter
Révèle avec elle
La douceur du craint
La profonde
Beauté du redouté

Il stoppe sa course et veille
Et se rend attentif
A tous les sons qui sans pareil
Résonnent sans motif
Il vibre

Se rend à l’évidence
Et entre dans la danse
Il est libre
Stoppe sa course et veille
Fait face et se dissout

Prend place.

La vieille lutte

Longtemps, je me suis battu
Vaillamment, sans faiblir,
Gardant ma lance bien tendue
Dans les mâchoires vieillies du pire.

Parfois gravissant un sommet,
Laissant couler ma sueur, mon sang
Gonflé d’orgueil et de fierté
Semblant pouvoir stopper le temps.

Mais la chute suivait sans surprise
Menant au bord de l’épuisement
Du gouffre, l’appel du lâcher-prise
Que je niais obstinément.

Quel autre choix ?
Pensais-je alors
Dogme inconscient, duel et froid
De la lutte ou bien de la mort.

Mais la conscience perce et trouve
Élargit l’horizon de son œil bienveillant
Et la fragilité se montre et s’ouvre
Se mue en force sereinement.

Viens l’heure de la dernière bataille
Où rien ne gagne ni ne perd
Où se dissout dans l’immense faille
Les résistances et vieux repères.

Un vent léger se lève alors
Frais et tendre, éternel
Porte avec lui l’étrange clameur
De l’être pur qui se révèle.

Serenite-D23-30

 

Au coin de la rue

Il ne survole pas le monde sur le dos des concepts,
il y plonge sans filet.
Il ne cherche pas le sens,
il le vit.
Sans posture, ni grands mots,
mais dans chacun de ses gestes, de ses regards.
Discrètement, sans rien attendre,
sans autre prétention
que d’être lui-même.
Il aime vraiment car il a détesté.
La conscience a su traverser en lui
l’indicible souffrance, la dureté, la laideur et la mort;
si bien qu’il peut voir maintenant la beauté partout.
Cachée à ceux qui croient la définir
du haut de leur piédestal.
Ce dont tous parlent et se vantent,
dans leurs salons bien à l’abri,
il l’incarne simplement,
là,
juste au coin de la rue.

 

Corpus callosum

Il est chose simple de comprendre, et encore plus de constater que l’esprit et le cœur de l’homme ne peuvent fonctionner correctement l’un sans l’autre.

Ceux qui, par idéologie, par mésestime inconsciente d’eux-mêmes se coupent de leur intellect et croient dans le même temps goûter la force de l’Amour sur Terre ne peuvent incarner de lui qu’une version faussée, dénaturée, rendue niaise, plate et simpliste.

Ceux qui, par idéologie, par mésestime inconsciente d’eux-même se coupent de leur intuition et croient dans le même temps goûter la force de l’Intelligence sur Terre ne peuvent incarner d’elle qu’une version faussée, dénaturée, rendue sèche, dure et simpliste.

Reste le trait d’union, corpus callosum, clef des profondeurs.

L’appel

Du plus profond de nos mémoires

Une cloche retentit
L’entends-tu ?

Elle sonne le glas des impostures
Annonce notre glorieux retour
Sans délais

Elle résonne jusque dans les abysses
Les labyrinthes, les déserts
N’importe où

Elle porte en elle la clé ultime
La précise note
La délivrance

L’entends-tu ?

L’adolescent spirituel

« Non ! Maître ne me laissez pas ! s’écria Adit en se jetant au sol. Laissez-moi rester auprès de vous.

– Mais enfin Adit, ne souhaites tu pas grandir ? répondit l’homme. Veux-tu rester indéfiniment un enfant, que l’on te nourrisse, te conseille, te tienne par la main en permanence ?
Si c’est le cas alors mon travail avec toi n’aura servi à rien. Tu peux rester dans l’ombre ou la lumière d’un autre, peu importe. « 

Le jeune-homme fut saisi par les paroles de son mentor.

Celui-ci reprit plus doucement, s’agenouillant près de lui, plongeant son regard puissant dans les yeux hagard d’Adit.

 » Quel genre de parent souhaiterai à son fils de ne pas évoluer ? Je t’ai conduit à la lisière d’une forêt que tu ne peux que traverser seul. Tu y croiseras toutes tes ombres et y trouveras ta propre lumière. Bien-sûr tu peux continuer à tourner autour en fanfaronnant, dans d’autres traces que les tiennes, pendant une éternité. Mais ça n’est qu’en t’engageant avec courage que tu pourras découvrir qui tu es réellement. Te tenant dignement au centre de ta clarté intérieure, la particularité de ton prisme t’apparaîtra enfin. »

Adit sécha ses larmes et, emplit d’une détermination fraîchement inébranlable, s’avança d’un pas ferme en direction des bois.

forêt

Vision du monde

Ce matin, Martine a perdu ses lunettes et avec elles sa vision du monde.

Son premier réflexe fut d’appeler son amie médium; elle saurait peut-être lui indiquer une piste. Après une interminable séance de :
« Tu chauffes par là, oui, tu brûles, ah non là tu refroidis… », Martine abandonna cette idée.

Elle décida de contacter plutôt son nouveau guide spirituel, qu’elle avait trouvé en promotion sur Amazon et qui, paraît-il, était très bien. Elle lui envoya donc un message lui exposant sa situation délicate. Après avoir débité sa carte bleue du montant convenu (la prudence n’est-elle pas un signe de sagesse ?), le guide lui donna tout un protocole spécialement conçu pour ce genre de situation.

Martine plaça consciencieusement quatre bougies de couleur violette dans la direction des quatre points cardinaux, alluma un bâton d’encens au lotus bleu des plaines du Rajasthan et se mit à réciter la prière que lui avait donné le guide. « A voix haute, c’est important » avait-il précisé. Elle y mit toute sa détermination.

Aucun miracle ne se produisit.

Jusqu’à ce que, découragée, elle ne se laisse tomber dans son fauteuil en soupirant largement. A qui pourrait-elle de l’aide maintenant ? Et pourquoi rien n’avait marché malgré sa bonne volonté ?
Tout en réfléchissant, elle fit une dernière fois le tour de la pièce des yeux sans trop y croire, elle avait déjà cherché partout. Elle était sur le point d’abandonner quand soudain, pendant un dixième de seconde, elle croisa son reflet dans une vitre. Martine se mit alors à rire de bon cœur, ne parvenant plus à s’arrêter.

Perchées sur son crâne, ses lunettes siégeaient, imperturbables.

 

Bougie violette

L’homme-fort

Droit comme un roc, rien ne l’ébranle.
Il avance, fier, le regard fixé sur l’horizon.
Une jeune-femme en détresse et il accourt,
lui offrant une épaule insubmersible aux larmes,
des bras aux muscles rassurants.

Il est fort, tellement fort, trop fort.

Un enfant pleure et crie, réclamant son attention.
Depuis tellement longtemps qu’il est presque découragé.
Il voudrait qu’on l’écoute, il a peur, il a mal ;
il tambourine, ne veut plus rester coincé ici
sous l’armure
de l’homme-fort.

Il voudrait lui montrer à quel point il est bon
d’être ému
d’être soi
d’être réellement aimé.

Ensemble, ils ouvriraient la porte vulnérable,
devenant perméables à la vie,
à l’amour,
à la mort.

Ils regarderaient disparaître les illusions,
brûler l’armure.
Dans la chaleur d’un feu
qui nettoie, qui transforme, qui libère.

Et dans une dernière étreinte, dans un soupir,
ils se fondraient l’un en l’autre ;
unissant leur regard
sur la puissante sensibilité du monde.

 homme-fort

 

Sexualité sacrée

Dans le froid et l’obscurité, elle a survécu, longtemps. Et puis un jour, au cœur de son être, elle a senti le moment d’entamer sa longue réalisation. Courageusement, héroïquement, elle a fait un pas vers elle-même. Un pas de quelques centimètres, mais qui lui permis néanmoins de percer la croûte terrestre.
L’air libre, enfin. Et au lever du jour, la délicieuse caresse du soleil. La douceur, la chaleur, le flot d’énergie tant attendus.

Maintenant qu’elle était lancée, elle ne pouvait plus s’arrêter de croître. Vers la Terre, elle étendait ses racines; vers le ciel, elle se déployait lentement. Petit à petit, elle sentait se former en elle l’éclat de sa couleur, particulière, la finesse de son parfum, unique.
Et quand elle fut prête, dans un rayon de soleil particulièrement engageant, elle ouvrit sa corolle. D’abord timidement, puis surprise elle-même par sa propre beauté, elle s’étira largement dans un élan spontané, s’offrant au monde.

Elle avait hâte de donner son pollen à un insecte butineur. Sa voisine la mit tout de suite en garde : « Tu verras, dit-elle, les bourdons sont goinfres et balourds. Ils prennent à peine le temps de nous regarder et de nous sentir. Les papillons ne sont guère mieux. Prétentieux, égoïstes, ils ne nous considèrent que dans la mesure où nous leur sommes utiles. »
Mais elle ne l’écoutait pas. Elle portait son attention sur les mouvements subtils de l’eau dans sa tige et dans ses feuilles, sur ses racines qui continuaient de se déployer, sur sa senteur qui s’intensifiait. Elle prenait plaisir à son épanouissement.

Lui était bien lancé, en direction de la ruche, mais il ne put que faire demi-tour en la voyant.
Elle rayonnait parmi les autres fleurs. Il n’aurait su dire précisément pourquoi, mais il sentait une force aussi mystérieuse que puissante l’attirer vers elle, comme un aimant.
Avec précaution, il se posa sur l’un de ses pétales. Ce qu’il était lisse et doux ! Son parfum l’enivrait déjà, ouvrant les portes de sa perception à un degré de beauté qu’il n’avait même jamais envisagé. Son idée était fixe et son intention claire; il s’approcha du cœur de la fleur.

Elle sentait la pureté de sa volonté, la fascination qu’il avait pour elle. Cela l’emplissait d’une joie profonde qui fit rougir un à un l’ensemble de ses pétales.
Toujours reliée au ciel et à la Terre, elle s’offrait entièrement à lui, demeurant le canal vivant de ces forces qui l’avait faite telle qu’elle était.

Tendrement, avec détermination, il plongea en elle. L’exquise puissance de leur rencontre les fascina, dans un instant d’éternité.
L’intelligence de la vie le guida jusqu’au centre de la fleur. Là où son nectar était le plus riche, le meilleur; là où si peu ont la chance de se rendre.
Une vague d’émerveillement les submergea quand ils eurent la vision commune du miel qui en serait tiré. Un miel à l’éclat doré éblouissant, à l’avant-goût d’ambroisie.
Qui profiterait aussi à d’autres, au-delà de leur union, diffusant en son sein la saveur diluée mais intacte de l’intensité solaire de leur amour. 

 

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